Boucher une cheminée non utilisée : méthodes, matériaux et prix

Une cheminée décorative qui ne sert plus peut coûter entre 150 € et 250 € par an en pertes de chaleur – sans que vous vous en rendiez compte. Pire : dans plus de 1 200 communes françaises, allumer un foyer ouvert est désormais interdit. Autant dire que l’obturation n’est plus seulement une question de confort.

Pourquoi boucher une cheminée qui ne sert plus?

Selon l’ADEME, une cheminée non obturée peut être responsable de jusqu’à 20 % des déperditions de chaleur d’un logement. Le conduit joue le rôle d’une fenêtre ouverte en permanence sur l’extérieur – l’air chaud s’échappe par tirage naturel, et l’air froid s’infiltre en retour. Sur une facture annuelle de chauffage, cela représente 10 à 15 % de surcoût, soit une perte sèche que l’isolation des murs ou des combles ne peut pas compenser seule.

Le contexte réglementaire renforce l’urgence. La RE 2020 interdit les foyers ouverts dans toute construction neuve depuis 2022, même en chauffage d’appoint. Dans les zones à air contrôlé – Île-de-France depuis 2015, vallée de l’Arve, Grenoble, Lyon, Bordeaux, Marseille, Strasbourg, Toulouse – l’usage du foyer ouvert est déjà banni ou très encadré. Garder une cheminée ouverte sans l’utiliser, c’est donc perdre de l’argent pour rien.

Est-il possible de boucher soi-même une cheminée?

Oui, un particulier peut obturer sa cheminée seul – à condition de respecter une règle réglementaire précise : l’obturation doit être réalisée à la partie inférieure du conduit, côté foyer. C’est ce que prévoit le règlement sanitaire départemental type (RSDT). Boucher uniquement par le haut, sans fermer le bas, n’est pas conforme.

Certains matériaux sont à proscrire absolument :

  • La mousse expansive – inflammable et non étanche sur la durée
  • Le plâtre simple – poreux, il ne tient pas la chaleur résiduelle
  • Le polystyrène – combustible, interdit en conduit

Les seules solutions conformes sont la maçonnerie pleine (briques + mortier réfractaire) ou une plaque coupe-feu homologuée. Le bricolage approximatif peut créer un risque d’incendie ou d’infiltration de monoxyde de carbone si un autre appareil partage le conduit.

Les deux grandes méthodes : par le haut ou par le bas

Le bouchage par le bas consiste à fermer l’ouverture du foyer depuis l’intérieur du logement – plaque obturatrice vissée ou maçonnerie. C’est la méthode la plus accessible, celle que la réglementation impose en premier lieu. Elle suffit à stopper les courants d’air et les pertes thermiques immédiates.

Le bouchage par le haut intervient côté toiture, au niveau de la souche. On pose une tôle galvanisée scellée au mortier ou un bouchon béton préfabriqué pour fermer le chapeau du conduit. Cette intervention évite les infiltrations d’eau de pluie et la dégradation progressive du conduit abandonné.

Le double bouchage reste la solution de référence : fermeture côté foyer, fermeture côté souche, et idéalement un matériau isolant (laine de roche, laine de verre) descendu dans le conduit entre les deux obturations. Ce principe garantit à la fois l’étanchéité thermique et la protection contre l’humidité. Si vous ne pouvez accéder au toit en sécurité, concentrez-vous sur le bas – mais prévoyez le haut à moyen terme.

Quel matériau choisir pour obturer un conduit de cheminée?

Chaque solution a ses contraintes. Voici les options courantes avec leurs caractéristiques réelles :

Matériau Prix indicatif Durée de vie Point d’attention
Tôle galvanisée scellée au mortier 50-100 € matériaux 15 à 20 ans Qualité de l’acier déterminante – préférez l’acier galvanisé à chaud
Bouchon préfabriqué béton ou terre cuite 100 à 300 € Très longue durée Nécessite un accès toiture sécurisé pour la pose
Plaque obturatrice isolante 150 à 300 € 10-15 ans Vérifier la certification coupe-feu avant achat
Maçonnerie pleine (briques + mortier réfractaire) 200-400 € en DIY Définitive Irréversible – adapté si la cheminée ne sera jamais réutilisée

Si vous conservez un foyer en fonte existant, la plaque de fond de foyer en fonte peut compléter une obturation partielle, mais elle ne remplace pas une fermeture réglementaire du conduit.

Boucher une cheminée d’appartement : quelles contraintes spécifiques?

En appartement, la situation est plus encadrée qu’en maison individuelle. La plupart des conduits de cheminée dans les immeubles anciens sont des conduits collectifs desservant plusieurs logements en colonne. Intervenir sur l’un d’eux sans vérification préalable peut perturber la ventilation des voisins du dessous ou du dessus.

Avant tout travaux, trois vérifications s’imposent :

  • Consulter le règlement de copropriété – certains conduits sont des parties communes
  • Obtenir l’accord du syndic si l’obturation touche à un équipement collectif
  • S’assurer qu’aucun autre logement n’utilise activement ce conduit

En pratique, dans les immeubles haussmanniens ou d’après-guerre, beaucoup de conduits de cheminée ont déjà été obturés sommairement par les propriétaires successifs – parfois avec des matériaux non conformes. Avant de sceller le vôtre, faites inspecter le conduit : vous pourriez avoir une mauvaise surprise sur l’état de la gaine.

Comment boucher une cheminée extérieure?

L’obturation côté toiture concerne la souche – la partie de la cheminée qui dépasse du toit. L’objectif est double : empêcher la pluie et les animaux (pigeons, martres) de pénétrer dans le conduit, et stopper les infiltrations d’eau qui dégradent les parois internes.

Trois solutions existent pour fermer une cheminée par le haut :

  • Le capuchon anti-pluie en inox ou aluminium, posé sur la souche – solution réversible, mais il ne bouche pas le conduit
  • La tôle galvanisée scellée au mortier autour de la couronne de la souche – étanche et durable 15 à 20 ans
  • Le bouchon préfabriqué béton ou terre cuite, dimensionné au format du conduit – solution solide, résiste aux intempéries

L’accès sécurisé au toit reste la contrainte principale. Ne montez pas sur une toiture sans équipement adapté – échelle sécurisée, chaussures à semelle antidérapante, harnais si la pente dépasse 30 %. Pour les toitures ardoise ou tuile fragile, un professionnel couvreur s’impose.

Prix des travaux : du ramonage préalable à l’obturation complète

Voici les fourchettes de coût à anticiper, du début à la fin de l’opération :

Poste Coût indicatif Remarque
Ramonage préalable 55 à 80 € Obligatoire avant toute obturation – frais de transport inclus
Inspection endoscopique (caméra) 80 à 150 € Utile si conduit ancien ou état inconnu
Diagnostic amiante (bâti avant 1997) 150 à 300 € Obligatoire sur bâtiments antérieurs à 1997
Obturation complète en DIY 300 à 350 € Matériaux + ramonage préalable
Obturation par un professionnel environ 500 € Main-d’œuvre + matériaux + déplacement
Destruction totale de la cheminée 500 à 1 500 € Hors réfection du sol et reprise de peinture

La destruction totale est souvent tentante pour récupérer des mètres carrés, mais elle engage des travaux de second œuvre (sol, mur, plafond) qui font rapidement grimper la facture au-delà du budget initial. L’obturation simple reste le meilleur rapport efficacité/coût si la cheminée est décorative.

Qui contacter pour boucher une cheminée?

Le bon interlocuteur dépend de la nature du chantier :

  • Le ramoneur certifié – pour le ramonage préalable obligatoire et l’inspection endoscopique du conduit. C’est lui qui peut attester de l’état du conduit avant fermeture
  • Le fumiste – spécialiste des conduits de fumée, il maîtrise les réglementations d’obturation et peut poser une plaque coupe-feu conforme
  • Le maçon ou couvreur – pour la fermeture côté toiture (souche) ou la démolition partielle/totale de la cheminée
  • L’entreprise de rénovation générale – si l’obturation s’inscrit dans un chantier plus large (isolation, rénovation thermique)

Pour un simple bouchage en appartement sans accès toiture, un fumiste ou un maçon suffit. Si votre logement perd de la chaleur par plusieurs points, une réflexion plus globale sur l’écart de température entre l’intérieur et l’extérieur sans chauffage peut aider à prioriser les interventions.

Avant d’obturer : les vérifications à ne pas sauter

C’est l’étape que les particuliers pressés sautent – et qui génère les mauvaises surprises après fermeture. Une cheminée obturée avec un conduit fissuré, encrassé ou contenant de l’amiante crée des problèmes bien plus coûteux à corriger ensuite.

  • Ramonage obligatoire – le conduit doit être propre avant toute fermeture. Des suies résiduelles piégées dans un conduit fermé peuvent générer des odeurs persistantes, voire des risques d’émanation
  • Inspection endoscopique – sur un conduit ancien, la caméra révèle les fissures, les effondrements partiels ou les nids d’animaux. Entre 80 et 150 €, c’est le meilleur investissement préventif
  • Diagnostic amiante – tout bâtiment construit avant 1997 peut contenir de l’amiante dans les joints, les plaques ou les enduits du conduit. Un diagnostic par un opérateur certifié (150 à 300 €) est obligatoire avant travaux susceptibles de libérer des fibres
  • Vérification des conduits partagés – en maison mitoyenne ou en appartement, s’assurer qu’aucun appareil actif (poêle à pellets, VMC, chauffe-eau) ne partage le même conduit

Si votre installation comprend un poêle à bois ou à granulés sur un conduit adjacent, des problèmes de refoulement de fumée peuvent apparaître après obturation d’un conduit voisin – phénomène rare mais documenté dans les maisons à conduits multiples mal isolés.

Boucher une cheminée, c’est finalement transformer un trou dans votre enveloppe thermique en mur plein – un geste simple, mais qui mérite d’être fait une seule fois, correctement. Une obturation bâclée en novembre finit souvent en chantier complet au printemps.